Grand vase céladon par Théodore Deck, avec un décor attribué à Éléonore Escallier
Grand vase « en gousse d’ail » en céladon et bleu Deck, par Théodore Deck, avec un décor attribué à Éléonore Escallier
Faïence à décor sous couverte, cachet « TH. DECK » en creux France 1869-1880 h. 56 cm
Né en 1823 à Guebwiller, en Alsace, chimiste et sculpteur de formation, Théodore Deck s’illustre lors des Expositions universelles de 1862 et de 1867 pour ses vases et services inspirés des céramiques orientales, et pour la découverte surtout d’un bleu turquoise imitant les céramiques Iznik, connu depuis lors comme le « bleu Deck ». Dès 1869, il réitère cet accomplissement technique en restituant le céladon des porcelaines chinoises, confirmant sa primauté au sein de la céramique française lors des expositions de 1871 et 1873.
Le vase présenté, dont la forme s’inspire des suantouping — vases « en gousse d’ail » dont la pratique est attestée au moins depuis la dynastie Yuan, synthétise en quelque sorte tous les exploits techniques de Théodore Deck : couverte céladon à décor en relief, animée d’une scène figurant une mésange en vol parmi les feuillages, ornée d’une frise de leiwen et de chrysanthèmes en cloisonné polychrome d’indigo, d’ocre et de bleu Deck, tandis le col est orné de anses à muffles de shi (獅) stylisés, ou lions de Fo, tenant des anneaux.
Le décor d’un vase du même type, exposé à Londres en 2002, est attribué à Éléonore Escallier, peintre française née en 1827, célèbre dans le troisième tiers du XIXe siècle pour ses natures mortes de fleurs et de fruits ainsi que pour des peintures animalières figurant surtout des oiseaux. Escallier est l’une des premières peintres à collaborer durablement avec Théodore Deck, pour qui elle exécute des scènes similaires d’oiseaux dans les branchages ; il l’engage à la Manufacture de Sèvres comme peintre décorateur en 1874. Un vase de cette manufacture, aujourd’hui conservé au Mobilier national et décoré de sa main, figure un motif d’oiseau très semblable à celui du présent vase.
Bibliographie
Voir Margaret Medley, The Chinese Potter. A Practical History of Chinese Ceramics, Oxford, 1982 ; Judy Rudoe, Decorative Arts 1850–1950. A Catalogue of the British Museum Collection, Londres, 1991 ; Bernard Bumpus, Théodore Deck Céramiste, Londres, 2002.
Colonne en scagliole à l’imitation de la breccia gialla
Colonne en scagliole à l’imitation de la breccia giallia
Scagliole Italie XIXe siècle h. 102 cm ; d. 32,5 cm (h. 40.16 ; d. 12.8 in.)
La « rarissime » breccia gallia citée par Faustino Corsi dans son traité de 1845 sur les pietre antiche, pierre au « fond orange, avec de petites taches blanches, rouges et bleues foncé », semble avoir servi de modèle à la présente colonne, en effet maculée de motifs moins pâles que la brèche traditionnelle.
Bibliographie
Voir Faustino Corsi, Delle pietre antiche, Rome, 1845 et Gabriele Borghini, Marmi antichi, Rome, 2004.
Guéridon aux échantillons de marbres, porphyres et pierres semi-précieuses
Guéridon aux échantillons de marbres, porphyres et pierres semi-précieuses
Italie Marbres, porphyres, pierres semi-précieuses, bronze patiné et doré Début du XIXe siècle pour le plateau, le piètement postérieur 71 x 87 x 87 cm
Ce guéridon est constitué d’un important plateau d’échantillons de marbres d’Italie, de France, d’Anatolie, d’Afrique, dont certain portant la marque d’un fossile, de brèches de nombreux massifs, granits et diorites, dont une rare diorite orbiculaire, porphyres de Grèce, de Trente et d’Égypte, albâtres, lumachelles, jaspes, malachites, lapis et calcédoines, ceints d’une galerie de prismes hexagonaux en malachite, rosso, et giallo ainsi que d’un marbre beige, reliés entre eux par un cordon de lapis lazuli, le tout reposant sur un important piètement tout en bronze patiné et doré, les pieds en toupie, l’entretoise ornée d’une rosace en bronze patiné et d’une pomme de pin en bronze doré.
La plateau évoque les productions romaines du premier tiers du XIXe siècle. Le piètement est postérieur.
La Marchande d’eau-de-vie et L’Interrogatoire au corps de garde, par Pierre Duval Le Camus
La Marchande d’eau-de-vie au corps de garde et L’Interrogatoire au corps-de-garde, par Pierre Duval Le Camus.
Huile sur toile France 1822 55 x 47 cm
Le livret du Salon de 1822 mentionne, aux numéros 440 et 441 : « La marchande d’eau-de-vie au corps de garde » et « L’interrogatoire au corps de garde », deux scènes faisant manifestement paire, alors exposées parmi neuf autres toiles de Pierre Duval Le Camus, peintre normand né en 1790, élève sous l’Empire de Claude Gautherot puis de Jacques-Louis David, qui expose pour la première fois au Salon de 1819.
Nous savons que ces deux scènes étaient pensées comme des pendants au Salon de 1822 — le second Salon auquel l’artiste participe, grâce à deux lithographies mentionnées la même année dans la revue LesTablettes universelles : « Cette lithographie [La Marchande d’eau-de-vie au corps de garde], fait pendant à l’interrogatoire au corps de garde. Elle est due à M. Lecamus, à qui nous devons le joli tableau de la réprimande. » Le lien entre les deux scènes est souligné par de nombreux détails subtilement glissés par le peintre dans les deux tableaux. Le plus pittoresque de ces détails, c’est la carte — un cinq de cœur — que les gardes, sans doute, vêtus de leur uniforme impérial, ont négligemment laissé tomber après avoir joué pour tuer l’ennui durant leurs heures de garde. Que le même cinq de cœur jonche le sol de ces deux intérieurs suggère que ces deux scènes se déroulent dans une certaine unité de temps et de lieu.
Si les Tablettes universelles mentionnent La Réprimande, c’est que ce « joli tableau », également exposé au Salon de 1822 avec La Marchande et L’Interrogatoire, a valu beaucoup de célébrité à Duval Le Camus. La Réprimande est achetée dès 1822 par la duchesse de Berry, grande mécène, fille de François Ier des Deux Siciles et veuve de Charles-Ferdinand d’Artois, second fils de Charles X. L’année 1822 marque ainsi le début des faveurs princières dont jouit Duval le Camus sous la Restauration, et inaugure une carrière prestigieuse : en 1827, une autre scène de genre, exposée au Salon et récompensée d’une médaille de première classe, est acquise par Charles X ; une autre scène est achetée par Louis-Philippe en 1831, qui décore le peintre Chevalier de la Légion d’honneur en 1837, sans doute pour avoir fondé le Musée de peinture et de sculpture de Lisieux. Duval Le Camus continue d’exposer assidûment ses toiles aux Salons. Il expose, en 1845, aux côtés de son fils Jules-Alexandre, également peintre, son célèbre Pifferari donnant une leçon à son fils, aujourd’hui au Louvre. Baudelaire, dans son Salon de 1845, l’immortalise avec deux vers :
Duval Le Camus Père sait d’une voix légère Passer du grave au doux, du plaisant au sévère.
La Marchande d’eau-de-vie au corps de garde et L’Interrogatoire au corps de garde, témoignent ainsi du goût pour la peinture de genre sous la Restauration, vaste domaine souvent éclipsé par les grandes compositions romantiques et la peinture d’histoire. Il s’agit aussi de toiles parmi les plus anciennes de Duval Le Camus qui soient conservées, empreintes d’une forme d’austérité presque septentrionale alors remarquablement proche des compositions de Martin Drolling, austérité qui s’adoucit, se réchauffe et s’émousse à mesure que le goût change et que le peintre gagne en maîtrise dans les décennies suivantes.
Une version de La Marchande d’eau-de-vie, signée, a paru chez Sotheby’s en 2006 avec une scène montrant La Partie de piquet de deux invalides. Cette version de La Marchande passait alors pour celle exposée au Salon de 1822. Le pendant de La Marchande, c’est-à-dire L’Interrogatoire, n’était pas encore connu, remplacé par La Partie de piquet, et il était erronément suggéré que cette dernière faisait pendant à La Marchande : dimensions similaires, même cadre et même cartel. Il est pourtant impossible que ceux deux toiles aient jamais pu former une paire, puisque La Partie de piquet est antérieure de trois ans à La Marchande et que ces toiles n’ont jamais été exposées ensemble au Salon. La vue de La Marchande est par ailleurs plus petite que la nôtre, et certains détails y ont manifestement été coupés.
La présente paire, L’Interrogatoire et La Marchande, portent par ailleurs, au dos de leur toile, le cachet de la maison Belot, au n° 3 « Rue de l’Arbre sec ». La maison Belot, fondée par Michel Belot en 1768, et qui fournissait des toiles aux peintres dans le premier quart du XIXe siècle, change de propriétaire en 1824, devenant « Vallé et Bourniche », toujours au 3, rue de l’Arbre Sec.
Cachet de la maison Belot.
Tous ces éléments : le cachet Belot datant d’avant 1824, les détails coupés dans la version passée en vente chez Sotheby’s, et le fait même que les deux toiles aient été conservées ensemble telles qu’elles étaient exposées au Salon de 1822 ; ces éléments semblent attester qu’il s’agit bien là des toiles exposées au Salon de 1822, et qu’il s’agit, dans le cas de La Marchande passée en vente chez Sotheby’s, d’une réplique un peu plus tardive.
Les deux tableaux sont munis de cadres d’époque qui ont, au cours des siècles, subi des pertes importantes. Les toiles sont en parfait état.
Bibliographie
Explication des ouvrages de peinture et dessins, sculpture, architecture et gravure des artistes vivans, exposés au Musée royal des Arts, le 24 avril 1822, Paris, 1822 ; Jean-Baptiste Gouriet, Tablettes universelles, Paris, 1822 ; Michaël Vottero, « Pierre Duval le Camus, peintre de genre », dans Les Duval Le Camus, peintres de père en fils, Saint-Cloud, 2010.