Paire de tazze en bronze à frises de bucranes
Paire de tazze en bronze à frises de bucranes
Bronze patiné, socles à plaques de stéatite ou d’albarese et laiton
Italie
Début du XIXe siècle
32 x 26,5 x 26,5 cm (12.6 x 10.45 x 10.45 in.)




Cette paire de coupes, ou tazze, semble devoir être rattachée aux productions soit des Manfredini à Milan, soit des Valadier à Rome, également rompus à l’exécution en bronze de frises de bucranes et d’encarpes comparables, au point de vue du modelé et de la ciselure, à celle qui orne l’évasement de chaque tazza, ici savamment modelée et ciselée, les encarpes, c’est-à-dire les guirlandes de fleurs et de fruits, ayant été traitées de façon individuelle, et par conséquent asymétriques.
Luigi Manfredini, qui avait été invité par Eugène de Beauharnais, alors vice-roi d’Italie, à rejoindre Milan avec ses frères, pour y fonder un atelier capable de rivaliser avec les luxueuses productions de bronze ou d’orfèvrerie de Rome ou de Paris, est passé maître dans l’exécution en bronze du motif de bucranes et d’encarpes : son chef-d’œuvre, un trépied en bronze au modèle de celui, souvent reproduit, du temple d’Isis à Pompéi, avait été offert en 1811 à Napoléon et à Marie-Louise, puis décliné en plusieurs exemplaires dont au moins six se trouvaient, à la fin du XIXe siècle, à la cour de Bavière1, un à la Hofburg et un à Pavlovsk2. En outre, le médaillon qui orne le fond de chaque tazza figure une Pallas Athéna de trois quarts en mezzo rilievo, coiffée d’un casque corinthien et portant l’égide bordée de serpents entrelacés et du gorgoneion ; cette Pallas, qui appartient ainsi au type de la Pallas de Velletri — exhumée en 1797 à Rome, entrée en grande pompe à Paris en 18033, date à laquelle les Manfredini sont mentionnés à Paris4, est flanquée des initiales « L. M. » en relief sur un fond travaillé au mat assez large, et entourée d’un ouroboros. Ces initiales sont compatibles avec la marque de Luigi Manfredini, qui signait ainsi parfois ses œuvres, comme sur deux candélabres livrés au Palazzo Reale de Milan.
Les Valadier ont eux aussi abondamment employé le motif des bucranes et des encarpes, d’abord au Salone d’Oro du Palazzo Chigi à Rome, ou encore sur une paire de candélabres conservée au Metropolitan Museum à New York. Au Palazzo Borghese, surtout, Luigi Valadier exécute, pour une série de socles aujourd’hui conservés à la Sala Egizia, une frise dont le motif est fort proche de celui des présentes coupes, les rubans, ou vittae, qui nouent les guirlandes de fruits, passant d’abord sur le front de chaque bucrane, puis disparaissant derrière lui avant de remonter faire le tour de chaque corne5. Cette hypothèse romaine pourrait être confortée par la pierre employée pour les importants socles à modénature sur lesquels reposent les deux coupes, les Valadier ayant possiblement utilisé une pierre semblable pour une réduction de l’Artémis d’Éphèse.
Bibliographie
Voir Francis Haskell et Nicholas Penny, Taste and the Antique. The Lure of Classical Sculpture. 1500-1900, New Haven, 1981, Enrico Colle, Bronzi Decorativi in Italia. Bronzisti e fonditori italiani dal Seicento all’Ottocento, Milan, 2001 ; Andreina D’Agliano et al., Ricordi dell’Antico. Sculture, porcellane e arredi all’epoca del Grand Tour, Milan, 2008 et Anne Coliva et al., Valadier. Splendore nella Roma del Settecento, Milan, 2019.